Je découvre en librairie Anguille sous roche, d’Ali ZAmir. Et tombe sous le choc. Une langue venue de nulle part. Un mouvement, une seule phrase de 300 pages, qui vous cloue au sol. L’histoire d’une adolescente de 17 ans, perdue au beau milieu de l’océan au large de Mayotte, et qui avant de se noyer repense à sa vie, à ce qui l’a amenée jusqu’ici… Ce premier roman, si singulier, si essentiel, si drôle, féroce et poétique à la fois, crée l’événement. Plus d’une centaine d’articles en deux mois. Et l’auteur qui se voit refuser un visa pour venir parler en France de son ouvrage…

 

Le spectacle, tout comme le roman, prend racine dans le personnage d’Anguille. 

 

C’est elle que l’on rencontre. C’est elle qui nous fait face. C’est elle qui prend la parole. C’est elle qui tire à bout portant. Anguille a 17 ans, elle est solaire, pleine d'uppercut, là mais déjà absente, sans attache, insaisissable.  Elle n'est pas 'propre' ou 'raisonnable', c'est une amoureuse prête à tout, d'une liberté effrayante. 

 

Dérivant dans l’océan Indien, se sachant condamnée, bientôt noyée, elle n’existe plus que par ses mots. Elle parlera tant qu’elle aura du souffle. 

Anguille, si incarnée, devient une langue. Une langue à part, une langue qui dérive volontairement, une langue qui vous attrape puis vous laisse sur le bas-côté, avant de vous reprendre quand vous vous y attendez le moins. 

 

L’auteur nous décrit bien sûr les Comores, son île natale – Anjouan, les rêves noyés de tant de naufragés sur des kwasa kwasa de fortune qui tentent de rejoindre Mayotte. Mais son livre va au-delà. Au-delà de Mayotte. Au-delà de ses spécificités géopolitiques. 

 

Grâce à ce texte qui avance, qui swingue, qui n'attend pas, qui prend des virages improbables puis retourne à son but pour mieux le toucher. Grâce à ce texte en mouvement perpétuel. Grâce à ce texte anguille, la forme scénique est devenue pour nous évidente : sur le plateau, deux musiciens (Pierre-Marie Braye-Weppe et Yvan Talbot) et une actrice (Déborah Lukumuena, qui après son César pour le film Divines tente ici sa première expérience au théâtre).

 

Une femme, une langue, et de la musicalité qui déborde.

Anguille

sous roche

 

D’après le roman

d’Ali Zamir

Adaptation et mise en scène
Guillaume Barbot

CREATION 2019
 

«Oh, la terre m’a vomie, la mer m’avale, les cieux m’espèrent, et maintenant que je reprends mes esprits, je ne vois rien, n’entends rien, ne sens rien, mais cela ne pèse pas un grain puisque je ne vaux rien »

D’après le roman de

Ali Zamir – Editons Le Tripode

Mise en scène Guillaume Barbot

Adaptation Guillaume Barbot

Assistanat dramaturgie Patrick Blandin

Lumière Kelig Le Bars

Scénographie Justine Bougerol

Son Nicolas Barillot

Costumes Benjamin Moreau

Regard chorégraphique Bastien Lefèvre

 

AVEC

Déborah Lukumuena

Pierre-Marie Braye-Weppe (musicien)

Yvan Talbot (musicien)

 

Production Compagnie Coup de Poker

Coproduction Théâtre Gérard Philippe - centre dramatique national de Saint-Denis, Théâtre de Chelles, Théâtre de Fresnes

Soutiens Drac Ile de France, Département de Seine-et-Marne, CG 93 (aide à la résidence), SPEDIDAM, Les Studios de Virecourt 

 

Régie générale et lumière

Mickaël Varaniac-Quard

Régie son Rose Bruneau

Régie plateau Valentin Thuillier

“ Révélation de la rentrée théâtrale ! ”

- France Inter -

 

“ La mise en scène de Guillaume Barbot est réussie. Le jeu et le souffle de Déborah Lukumuena ont su préserver et transmettre la grâce littéraire de cette vie offerte en testament ”

- Monde Afrique -